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La professeure Nathalie Casemajor dresse un portrait de l’art et de la culture en confinement

Le milieu culturel s’adapte à la pandémie

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4 mai 2020 // par Audrey-Maude Vézina
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Sorties culturelles et confinement ne font pas vraiment bon ménage, mais les organismes culturels ne baissent pas les bras. Ils mettent en place des initiatives afin de rapprocher le public de l’art et de la culture, malgré la distanciation sociale. La professeure Nathalie Casemajor de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) dresse un bilan et se questionne sur l’avenir des pratiques culturelles.
 
Le milieu culturel s’adapte à la pandémie
 

« Actuellement, c’est impossible de se retrouver dans le même “espace-temps” pour avoir une expérience collective, comme ce serait le cas dans une salle de spectacle par exemple », lance Nathalie Casemajor, codirectrice de l’Observatoire des médiations culturelles (OMEC).

 

Le besoin d’expérience collective a entrainé l’émergence de nouveaux « formats » de prestations culturelles. Afin d’être ensemble à distance, le concept d’événement en direct a pris de l’ampleur. « On peut penser aux artistes qui performent en direct sur les réseaux sociaux, ce qui permet de partager un moment ensemble, même chacun chez soi. C’est le cas du Centre national des Arts d’Ottawa avec son initiative #CanadaEnPrestation. L’Association des bibliothèques publiques du Québec a aussi mis en place la plateforme Heureduconte.ca qui rassemble des contes enregistrés et des écoutes en direct pour le plaisir des enfants », rapporte la chercheuse, spécialiste en action culturelle et médias numériques.

 

Malgré cette offre culturelle en ligne, Nathalie Casemajor soutient qu’il y a un réel besoin de sortir de l’expérience de masse et d’avoir un contact de proximité. « Certaines initiatives veulent répondre à ce besoin de personnalisation. À Paris, le Théâtre national de la Colline a lancé une initiative, nommée Au creux de l’oreille, qui propose des lectures de textes au téléphone. Un comédien appelle personnellement une personne ou une famille. Il prend des nouvelles et lit un texte théâtral. Au Québec, cette même initiative est chapeautée par le Théâtre Périscope », souligne-t-elle.

 

 

S’approprier l’espace public

 

La professeure Nathalie Casemajor
La professeure Nathalie Casemajor

Le format téléphonique permet d’aller au-delà de l’écran, mais ce n’est pas le seul. La maison d’édition montréalaise Paperole a lancé un projet d’affiche avec des illustrateurs pour remercier le personnel de soins, nommé Les couleurs essentielles. « C’est une expérience culturelle dans la rue qui nous fait ressentir l’émotion à travers des objets tangibles », soutient la professeure Casemajor.

 

D’autres initiatives permettent aussi de partager l’espace public à distance. C’est le cas des artistes qui chantent sur leur balcon, comme la musicienne Martha Wainwright. Certains citoyens en Europe projettent des films sur la façade du bâtiment voisin afin de recréer une sorte de cinéma sur leurs balcons.

 

Avec l’OMEC, Nathalie Casemajor se demande comment ces « formats » de prestations culturelles vont se développer dans les prochains moins. « Il n’y aura pas un retour à la normale immédiat, alors il faudra imaginer comment partager cet espace et cette temporalité de l’expérience culturelle collective tout en respectant les contraintes de distanciation. Nous observons que l’automobile apparaît comme une façon de créer une bulle de confinement. C’est un symbole de confort, comme le papier toilette l’a été au début de la crise ! À Québec on envisage un retour des cinéparcs, et certains musiciens songent même à des spectacles où chacun serait dans sa voiture. Mais dans ce cas, l’expérience de partage reste limitée. »

 

Un retour progressif

 

Outre le recours à la voiture comme symbole de sécurité, la professeure Casemajor mentionne que certains organismes culturels pourraient envisager d’ouvrir pour une moitié du public régulier afin de respecter la distanciation. « Le problème avec ce type de solution, c’est que ça représente quand même 100 % des coûts. Est-ce que les établissements vont obtenir du financement pour pallier ces pertes ? »

 

La motivation des différents publics à participer à la culture est aussi un facteur important dans la relance culturelle. « Il va falloir sortir progressivement de notre bulle et réapprendre à se côtoyer, prévient Nathalie Casemajor. Les jeunes, moins à risque de la maladie, seront peut-être plus enclins à retourner dans des lieux de proximité. Les personnes âgées seront peut-être plus frileuses. »

 

*L’Observatoire des médiations culturelles (OMEC) lancera une série de dialogues en ligne autour du thème « culture et résilience » avec leurs partenaires culturelles. L’objectif est de comprendre comment la crise a bouleversé leurs pratiques, quels sont les moyens d’adaptation mis en place et comment ils entrevoient le futur de leur organisme.

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